Etre bilingue, mythe ou réalité ?

Que veut dire être bilingue? Chacun le comprend à sa manière… Le mot « bilinguisme » est souvent utilisé à tort et à travers, notamment, dans les offres d’emploi. C’est l’objectif absolu pour tout apprenant, mais est-il réellement atteignable pour tout un chacun. Alors quels sont les moyens d’y arriver ?

Différents niveaux de compétences en langues. Repères :

Prenons comme base de définition le Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL). Le CECRL définit trois niveaux de compétence linguistique, chaque niveau est divisé en deux catégories:

 

Les acquis des apprenants en langue étrangère sont évalués selon quatre critères: compréhension orale et écrite et expression orale et écrite. Pour avancer dans sa maîtrise de la langue il est donc indispensable de progresser dans ces quatre compétences.

A titre d’exemple, en niveau débutant A1 on devra pouvoir remplir un formulaire administratif (comprendre et répondre correctement aux questions) et oralement on aura à se présenter et répondre aux questions de l’interlocuteur sur son âge, son occupation, son pays d’origine, avec des erreurs, certes, mais en se faisant comprendre tout de même.

En montant de niveau, en B2, par exemple, la personne pourra suivre un débat télévisé sur un sujet familier et saisir son sens global, aussi bien que l’argumentation des participants du débat. A l’écrit une personne de niveau B2 pourra rédiger des lettres assez complexes sur les sujets qui l’intéressent personnellement. Idéalement, tous les lycéens devraient terminer leurs études secondaires avec le niveau B2 en première langue vivante, c’est le niveau cible pour l’épreuve du baccalauréat.

Arrivons maintenant au niveau C de l’utilisateur expérimenté, les mots clés de ses compétences seront: l’aisance, la spontanéité, l’usage courant de la langue avec une fluidité du discours, le haut degré de correction grammaticale, la connaissance des différents registres de la langue et leur maîtrise. Un utilisateur expérimenté comprend et s’exprime dans une langue étrangère sans effort apparent. Il possède une gamme étendue de mots, comprend les sens implicites et peut expliquer les nuances fines d’un point de vue. Bref, on dira souvent de cette personne, qu’elle maîtrise la langue étrangère, comme si c’était sa langue maternelle. C’est précisément ce niveau-là qui représente la bonne définition du bilinguisme.

Au-delà de la compréhension des textes et de l’expression facile

En plus des compétences purement linguistiques, un autre aspect est très important, c’est l’aspect culturel. Etre bilingue signifie aussi pouvoir comprendre toutes les allusions liées au contexte politique, social et culturel du pays. Cette compétence n’est réellement accessible qu’en passant de nombreuses années sur place.

Comment arriver à ce niveau suprême de compétence linguistique? Dans un conte de fée on pourrait juste avaler une pilule mystérieuse ou encore avoir la chance d’Obélix et tomber dans la potion magique qui nous rendra bilingue sans aucun effort de notre part. Mais, dans la vie réelle ces variantes sont peu probables… Il nous faudra donc travailler.

A quel âge apprendre une langue étrangère ?

Ce n’est pas un secret que plus tôt on commence l’apprentissage d’une langue, plus l’acquisition sera simple et efficace. Les parents, sachez qu’il n’y a pas d’âge minimum pour familiariser votre enfant à la langue de Shakespeare, Goethe, Cervantès ou autres…

Plus l’enfant est jeune plus il aura de facilité à intégrer une langue étrangère en parallèle de sa langue maternelle, comme si c’était juste une deuxième langue familière. La clé de voûte consiste à ne pas faire de comparaison avec le français… Ce que les adultes ont parfois du mal à faire, en se référant toujours aux principes de leur langue maternelle.

En effet, les différences des langues doivent constituer une richesse et non une difficulté ou une négligence de la part de l’apprenant. Se dire que nul est le besoin d’accentuer les syllabes en anglais, là où elles ne s’accentuent pas en français, est vraiment dommage pour la mélodie de votre prononciation.

L’oreille des enfants, petits chanceux, est très captive aux sons des différents systèmes phonétiques. C’est pourquoi les enfants répètent bien les mots étrangers sans les alourdir par l’accent de leur langue maternelle.

Adultes, rassurez-vous, même si vous n’êtes pas partis en immersion à l’âge de 6 ans, vous pouvez tout de même être fort en langue et devenir bilingue ou au moins « avancé ». Il vous faudra juste en peu plus d’efforts et d’assiduité.

Devenir bilingue ou presque, les clés d’une bonne méthode 

En apprenant une langue n’oubliez pas les quatre compétences dont on a parlées plus haut. Qu’est-ce qu’il faut pour avoir une bonne compréhension écrite? Il faut s’entraîner à la lecture d’abord de petits textes des méthodes de langues, puis aux brefs articles dans la presse et aux versions adaptées des œuvres littéraires, ensuite passer aux textes complexes et longs sur les sujets de plus en plus variés. Un travail sur le vocabulaire, les expressions idiomatiques est très utile lors des exercices de compréhension écrite.

Pour la compréhension orale l’écoute d’un locuteur natif est évidemment la plus appropriée. Dans un cadre scolaire, les exercices de la compréhension orale passent par l’écoute des extraits audio de différents types, le support audio peut également être remplacé par la vidéo. Dans un cadre privé il est vivement conseillé aux apprenants d’écouter et regarder les radios et les chaînes de télévision étrangères, de même que les films en version originale. Petite astuce: Euronews a une diffusion en plusieurs langues, vous pouvez écouter alors une première fois les actualités en français, puis changer de langue et les écouter de nouveau en anglais, allemand, espagnol, russe, etc. Pratique pour les débutants! Si de plus, vous avez la possibilité d’effectuer un séjour en immersion, votre compréhension orale sera boostée au plus haut point.

En ce qui concerne l’expression écrite, elle passe par l’exercice de la plume. On évolue de la phrase toute simple (My name is Paul) vers les essais longs sur des sujets difficiles, avec beaucoup de nuances de sens et un vocabulaire riche. La formation par un professeur est requise, car s’auto-corriger est extrêmement difficile. Les acquis du travail sur le vocabulaire dans les compréhensions orale et écrite sont par la suite appliqués lors de la rédaction.

Enfin, l’expression orale, tant convoitée par chaque personne qui vise le bilinguisme, commence dès le premier mot répété et ne s’arrête jamais, la perfection étant un processus en constante recherche d’évolution. Pour travailler ses compétences il faut parler, questionner, échanger, écouter, répondre, comprendre, réagir, exprimer ses points de vue ou ceux des autres, débattre et polémiquer sur tous les sujets possibles. Pour beaucoup de personnes, l’important est de « débloquer » l’expression orale. C’est notamment  l’enjeu des séjours linguistiques en France ou à l’étranger proposés par les adhérents de l’UNOSEL.

Il est certain que pour devenir bilingue dans une langue, il faut passer par plusieurs étapes. Il faut acquérir les structures grammaticales et lexicales, afin de pouvoir s’exprimer à l’écrit et à l’oral. L’Education Nationale apporte cette composante et les séjours linguistiques la complètent. Quelle que soit la formule, la pratique permanente associée à des cours de langue, de même que l’immersion dans une « bulle linguistique » permettent de créer des mécanismes qui définissent une personne bilingue. De plus, la diversité des séjours proposés donne tous les moyens pour que les participants puissent pratiquer la langue au maximum et suivre des activités très variées en parallèle.

N’oublions pas que la chance d’Obélix est plutôt destinée aux enfants des couples mixtes ou encore à ceux qui ont habité dans leur enfance à l’étranger. Pour les autres gaulois l’acquisition d’un niveau de performance proche de la perfection en langue étrangère nécessite un travail. Cependant la possibilité de devenir bilingue n’est pas un mythe, mais une réalité. Il faudra consacrer du temps à suivre une formation, effectuer des séjours linguistiques, partir à l’étranger pour pratiquer la langue au quotidien dans un contexte professionnel, se faire des amis étrangers, lire des volumes entiers de livres dans le texte, etc. Chaque apprenant prendra du plaisir à le faire, car apprendre une langue étrangère c’est aussi la vivre. La passion pour une langue et sa culture rendra les efforts d’apprentissage agréables et entraînants!

 

« Une langue différente est une vision de la vie différente » Federico Fellini, cinéaste italien.

 

Kseniya Yasinska, UNOSEL